Noël 1916

Où étions-nous ? Quelque part en route pour former en Lorraine, la 167è Division aux ordres du Général SCHMIDT, qui nous accueillit sans grâce, avec des propos très frais : " Je saurai récompenser les bouillants et réchauffer les tièdes. "

Nous n'avions nul besoin de cette philippique : Verdun et la Somme offraient un passé qui assurait l'avenir.

Mais entre ces deux sommets de gloire et de douleurs, Quennevières nous parut apaisant, d'autant plus que nous commencions à raffiner sur les boyaux, le cimentage des merlons et les puisards de luxe : pas assez au gré du Colonel DERDOS, qui se plaignait amèrement de l'indifférence du régiment à l'égard de "Sa Décision", sorte de petite feuille du soir, que notre troubadour, le toubib PICARD (toujours lui), quêtait au seuil de la Sape-Poste de secours.

Lorsque la matière était belle et que le chansonnier était en verve, une Décision-Picard était troussée sur le vieil air des Chouans : "M. de Charette a dit..."

Il me souvient d'un couplet, peut-être parce que j'étais visé dans la remontrance. Le voici :

" Le Colonel a vu dans l'secteur PRAT (bis)
Trois gros rats,
Courir partout et manger tout.
Pourquoi ?
Prends ton fusil Grégoire,
Et tue-moi ça dare-dare.
Faut lui rendre compte ce soir.
Il n'peut tolérer
Qu'on méprise ses papiers."

Et Noël me direz-vous ? Un trou de mémoire. On ne peut pas être tous les ans à la Barricade de Beuvraignes qui marquait si bien les gens, et pour longtemps.

Général VALTAT dans l'Entraide du 409 - n°191 janvier 1964