Nous voici promis à l’alerte de Verdun.

Dès 1915, le Kronprintz avait acquis la conviction « qu’une prolongation démesurée de la guerre ne pouvait qu’avantager les adversaires des Empires centraux » ; il en convient dans ses Mémoires, parus en 1922. Il fallait donc que l’Allemagne recherchât une décision hâtive. Il fut logique de lui confier l’offensive contre Verdun.

Le Général LUDENDORFF, promu Quartier-Maître Général des Armées allemandes, le 29 août 1916, avoua, en pleine Bataille de la Somme :  « Nos troupes s’usaient : nous étions tous les jours à la veille d’une catastrophe ».

Voici rassemblé en deux jugements autorisés, l’état d’esprit de nos adversaires. Il convient de le retenir pour comprendre les Batailles de Verdun et de la Somme et mesurer à sa juste valeur l’effort du 409.

Dans le camp des Alliés, au début de 1916, la situation n’est pas très brillante.

L’Armée française n’a plus que 20 Divisions en réserve générale ; peu d’artillerie lourde, pas encore de fusil-mitrailleur.
Les Britanniques consentent à s’orienter, de mauvais gré, vers la conscription.
La saison froide bloque les Italiens sur les Alpes.
Salonique n’est encore qu’un camp retranché inactif.
Les Russes, sur une rigoureuse défensive, sont démunis de matériel et de munitions.

JOFFRE, déjà discuté, mais placide, désire attendre juillet 1916 pour mettre à profit 6 bons mois, afin d’être suffisamment fort pour déclencher une offensive combinée franco-britannique : la bataille de la Somme s’impose à son esprit, et il s’y tiendra, malgré les courants doctrinaires, les manœuvres politiques et le contre-temps de Verdun. Il était de nature tenace et de volonté froide : nous lui devions la victoire de la Marne, ce magnifique retournement de la chance des armes ; soyons-lui donc reconnaissants aussi d’avoir su faire de l’année 1916 une année qui étonne le monde. Commencée sous l’écrasement, elle s’acheva dans le genre indomptable, sans succès décisif, il est vrai, encore que c’en fut un d’avoir pu subir Verdun et de conclure par la Somme.
L’Allemagne, qui a fait un gros effort humain, dispose d’un million d’hommes bien instruits dans ses dépôts de l’intérieur. Ils arrivent à point nommé, car, début 1916, elle ne disposait que de 26 Divisions en réserve stratégique sur le front Ouest. Son artillerie lourde a pris tout son développement et son artillerie est fort puissante.

Il est temps d’agir, et les opinions varient.

VON HINDENBURG voudrait accabler les Russes pour anéantir définitivement leur résistance.
Les Autrichiens, eux, ne désiraient que battre l’Armée italienne, qui menaçait d’être agressive dès les beaux jours.
Seul VON FALKENHAYN tenait pour profitable d’agir au plus tôt sur l’ennemi principal : la France.

Il fallait, pensait-il encore profiter promptement de la supériorité réelle, mais provisoire, de l’Allemagne, pour viser un objectif de grand renom. Comme les Français, chatouilleux sur le prestige et soucieux de leur solidité, ne voudront pas l’abandonner sans combat, ils seront « saignés » dans une effroyable usure, rapidement insoutenable.
Il fut écouté, dans son raisonnement d’une cruauté implacable, mais logique, et Verdun fut choisi, pour son malheur et notre gloire.

Les débuts de l’offensive allemande

Six divisions allemandes sont initialement chargées de mener l’assaut sur la rive droite de la Meuse et sur un front étroit.
Les rassemblements et les mouvements n’ont pas échappé aux Français. Ils se renforcent hâtivement, mais ne pourrons opposer que 130 pièces de campagne et 140 canons lourds de modèle ancien à plus de 1.000 pièces allemandes, dont 640 canons lourds à tir rapide. Tout le drame que nous avons connu est là, aggravé encore par la fragilité de nos communications vers l’arrière.

Le bombardement a commencé le 21 février 1916, au matin. Le 22, l’assaut est donné. Nous résistons courageusement, mais sommes submergés. Le désarroi s’en mêle : le fort de Douaumont, abandonné, est occupé sans combat par un détachement de Brandebourgeois. Le monde l’apprend avec stupeur.

Le 409 arrive....