Le 1er bataillon en réserve aux carrières de Marzilly passe des journées qui semblent interminables dans ces creutes éclairées à l'électricité, d'où les hommes ne peuvent sortir, afin de ne pas signaler la présence de troupes en cet endroit aux aviateurs ennemis qui sont particulièrement diligents et nombreux.
Massés aux portes des carrières, les hommes contemplent le ciel, seul spectacle qui leur soit permis, et c'est ainsi qu'ils purent un jour, terrifiés et impuissants, assister à l'incendie de 3 de nos saucisses, par un même aviateur boche, et ce en l'espace de quelques secondes. Avec horreur, nous vîmes la longue flamme s'élever du ballon transpercé et les courageux observateurs sauter de leurs nacelles et confier leur sort au parachute dont chacun était muni. Ballotté, secoué ainsi que le battant d'une cloche, tandis que le Boche, s'acharnant après lui, le harcelait des balles de sa mitrailleuse, l'un d'eux vint atterrir devant nous. S'étant débarrassé de la ceinture d'où pendait le parachute, dégonflé et inutile maintenant, sans prendre le temps de souffler un peu et de répondre à nos questions, l'observateur s'enfuit à toues jambes ; peut-être allait-il s'enquérir du sort de ses compagnons d'infortune !

Extraits de ' Avec le 409è RI - histoire vécue par les Poilus du 409è RI " par Maurice BRILLAUD