III – L’attaque du Chemin des Dames

Le repos et les travaux en Lorraine s’achèvent le 12 avril 1917, par un embarquement à Lunéville et Blainville. Le débarquement est suivi de marches qui amènent le 409 au sud du Chemin des Dames, dans des cantonnements qui varient chaque jour. Le Régiment fait maintenant partie de « l’Armée de poursuite ».

Le 15 avril, l’ordre du jour arrive : « L’Heure est venue. Confiance – Courage – Vive la France, Signé : NIVELLE ».

L’attaque, hélas ! fut un insuccès, malgré tout le courage déployé et les pertes consenties. Le 409 fut alors poussé près des lignes, non pour entamer une poursuite compromise, mais pour rectifier une position qu’une avance légère avait rendu fragile.

Il vécut, alors, les carrières de Marzilly, procédant, selon un tour de service, à des corvées d’aération, qui lui permirent de constater que le feu d’artillerie français ne surclassait pas celui de l’ennemi. Malgré tout, le moral était toujours aussi solide lorsque, le 5 mai, le 409 fut engagé en soutien et que, le 9 mai, il attaqua. Le Régiment reçut la mission d’enlever ce que l’on croyait être la dernière ligne de résistance, puis de pousser en direction de la Ferme Sainte-Marie, que l’on apercevait à l’horizon. Après, en terrain libre, il ne lui resterait plus qu’à contourner le Fort de Brimont. Beau programme, agrémenté de rêveries !… Ce ne fut pas aussi simple, surtout à cause des dispositions judicieuses que prirent les Allemands, ainsi que nous l’avons vu plus haut.

L’assaut parti magnifiquement, comme d’habitude, à 11 heures, le 9 mai. Mais l’artillerie allemande, appliquant la majeure partie de ses feux sur notre droite, bloque la progression. La vague se désunit, la liaison est rompue, et le 2è bataillon, sur son premier objectif, subit un bombardement intense. L’engagement de quelques réserves stabilise la situation jusqu’à 15 heures. C’est à ce moment que se déclenche la contre-attaque allemande, qui débouche en force de la région de la Ferme Sainte-Marie, manœuvrant en terrain libre, bien appuyée par des feux d’artillerie puissants et méthodiques, cherchant à se glisser sur notre droite pour agir de flanc sur le 2è bataillon.

Notre artillerie, désorientée  par l’incertitude dans laquelle la plonge la rupture des moyens de liaison, si précaires à l’époque, éprouvée par la contre-batterie, ne répond pas à nos demandes de tir : cinquante fusées sont lancées par la 5è Compagnie, la plus menacée, sans résultat. Les Allemands progressent lentement, retardés par le seul feu de l’infanterie française, qui, sous un bombardement précis, faiblit en raison des pertes. Au soir, la contre-attaque ennemie aura reconquis toutes ses positions, à l’exception d’un élément de tranchée où se cramponnent farouchement la 6è Compagnie. Elle y demeurera jusqu’au 15 mai, succombant alors sous des pertes considérables, attaquée à la grenade sur ses deux ailes. Les survivants seront capturés.

Le 409 a été ramené sur ces postions de départ. Il ne se maintient au-delà que dans quelques barrages de boyau.

Le 17 mai, l’ordre du jour du Commandant en Chef parvient au Régiment. Il est beaucoup moins optimiste que celui du mois de janvier. Long et assez embarrassé, il se termine par ces mots : « La victoire appartient au plus opiniâtre ! ». Nous n’en avions jamais douté, et il nous restera d’excellentes occasions de vérifier cette opinion.

Extrait de La petite histoire du 409è par le Général VALTAT in L'Entraide, bulletin de l'Association des Anciens du 409è.