Le 8 mars [1916] à 4 h du matin, nous nous couchons sans incident après le travail.

A 5h, arrivée du Lieutenant RIVET que je n'attendais pas, le Capitaine me l'envoyait en prévision des événements.

Le bombardement recommence à 6 h. A 7 h je suis obligé de me lever, un 210 ayant renversé un pan de mur de l'abri ; les moellons avaient roulé jsuqu'à la tête du lit. Je mange et joue aux dames avec un sergent. L'abri des mitrailleurs est écrasé ; on demande du secours ; 4 sapeurs se dévouent et dégagent quelques hommes. Les abris sont envahis par les rescapés des abris qui s'effondrent un à un. Si ça tombe ici, quelle casse !

Je cherche à voir à 11 h 15 si les hommes peuvent sortir et aller autre part ; ce n'est qu'éclatements de 210 et 305 sur le village. Par moments, on n'y voit plus. A 11 h 30 mon abri s'éboule puis un 2è coup sur l'entrée d'un autre abri communiquant avec le mien. Je sors les hommes au milieu de la fumée et on se met dans les trous, derrière les pans de mur, au petit bonheur.

A ce moment le marmitage cesse, et je vois dégringoler les Boches sur les pentes d'Hardaumont tandis que les nôtres se replient. Le moral des hommes faiblit ; les fantassins abandonnent leurs fusils. Je les engueule, je menace deux types d'un fusil, puis voyant la tranchée vide et les Boches arrivant, j'entraîne les hommes de bonne volonté. En courant, je reçois un éclat dans la cuisse. Arrivé dans la tranchée, mon sapeur ANDRÉ, à ma gauche, tombe d'une balle dans le ventre. La tranchée est déjà prise d'enfilade par les hauteurs. Nous gagnons un trou d'obus, et là, nous tirons pendant une demi-heure sans nous biler. Il y a là mon ordonnance, trois sapeurs, trois fantassins, un caporal est tombé d'une balle dans la poitrine.

BERLIAT, mon ordonnance, me fait mon pansement, puis les Boches se couchent et le marmitage recommence. Toujours pas un coup de 75, et les Boches sont là couchés à 200 m...

A la nuit tombante, les Boches sortent des bois et ramassent quelques blessés et prisonniers ; j'aperçois le Lieutenant RIVET au cantonnement. Il faut prendre une décision vite. J'envoie un sapeur pour lui dire de partir, soit par le 408è d'infanterie, soit par le Chapitre tout de suite ; mais immédiatement les balles de mitrailleuses rappliquent et je rappelle le sapeur.

Coûte que coûte, il faut joindre le 408è. Nous rampons et nous plaquons dans les trous d'obus ; BERLIAT tombe d'une balle dans la tête, un sapeur est blessé à la jambe. Nous traversons un tir de barrage, enfin nous atteignons le 408è. Nous ne sommes plus que trois.
Au milieu des balles, en nous courbant, je gagne un abri, et là je me fais faire un pansement. Ca marmite, mais j'en ai trop fait pour tomber prisonnier ; je repars avec le sapeur blessé. Nous contournons la croupe du Fort de Vaux et arrivons à un abri, où s'arrêtent des coureurs. Un brancardier m'offre un brancard et nous nous reposons.

A suivre