Reprenons le cours du récit de la petite histoire du 409è RI par le Général VALTAT, interrompu en février 2012 :

Quatrième partie : PRESENTATION DE L’ANNEE 1918

Ce fut l’année critique qui faillit voir l’effondrement des Armées alliées en France ; ce fut aussi celle qui nous apporta un rétablissement aussi étonnant que celui de la Marne, en 1914. Sept millions d’hommes s’affrontèrent sur 400 kilomètres, et ceci pendant 235 jours.

Dès le début, l’avantage incontestable se plaçait du côté des Empires centraux : le traité de Paix qu’ils avaient conclu avec la Russie, le 9 février 1918, rendait disponibles 64 divisions allemandes ; les forces globales de l’ennemi, face à nous, étaient ainsi portées à 205 divisions, contre 177 de notre côté. Quant aux Américains, ils n’avaient, en mai 1918, que quatre divisions sur notre sol.

Le Kronprinz, qui n’était pas à une prophétie près, annonça à ses troupes « que les cloches de Pâques sonneront la Paix ».

Les attaques allemandes, très au point, selon une méthode expérimentale à Riga, se ruèrent sur de larges fronts, en exploitant la puissance et la surprise. Les Britanniques sont bousculés le 21 mars dans la Somme et le 8 avril dans les Flandres. Les Armées du Nord sont disloquées, la route de la mer est ouverte ; mais FOCH surgit et reçoit le commandement suprême le 2 mai. A CLEMENCEAU qui le complimentait, il répliqua :

« Joli cadeau : deux batailles de perdues ».

Le désarroi initial fut surmonté ; mais ce n’était que le commencement de nos douleurs et de notre gloire.

Dans la nuit du 27 au 28 mai, les Allemands rompirent nos vieilles positions du Chemin des Dames et refoulèrent les faibles troupes françaises qui s’y reposaient des fatigues subies dans les batailles du Nord. 23 divisions allemandes menèrent l’attaque à trois contre une. Tout fléchit devant elles, car elles avaient été choisies parmi celles qui avaient occupé le secteur auparavant et connaissaient fort bien le terrain. La Vesle est franchie, la Marne atteinte et même dépassée. Pour notre bonheur, nous conservions, sur les flancs, la Montagne de Reims et la forêt de Villers-Côterets, d’où sortiront plus tard nos vigoureuses contre-attaques.

Le 409 arrive, tout simplement, à ce moment le plus critique de la tragique aventure : l’avenir est bien sombre, sauf pour nous, qui, convenons-en, n’avions aucune notion sûre du péril stratégique : l’Allemand avançait, c’est tout ce qu’on savait, et le Colonel TREILLARD n’en connaissait guère plus. Une seule mission s’imposait : se battre où on le rencontrerait ; le bloquer, puis le refouler, et sans délai.

Il nous faudra six longues semaines pour renverser une situation compromise ; nous allons nous les rappeler avec fierté, en souvenir de la ténacité et de l’ardeur qui animaient nos lointaines et jeunes années. FOCH, très exigeant, fut magnifiquement servi par une belle infanterie, façonnée par un dur passé. Le 409 se présenta donc sur les champs de bataille de la seconde Marne, en 1918, au plein de sa forme : la solidité de Verdun et les élans de la Somme. On allait le voir en rase campagne, presque en bataille rangée des vieux styles, courageux, volontaire et habile ; une confiance inébranlable unissait les chefs et la troupe.

Extrait de La petite histoire du 409è par le Général VALTAT in L'Entraide, bulletin de l'Association des Anciens du 409è.