III – DU 29 OCTOBRE AU 4 NOVEMBRE 1918

En six jours, le Régiment exécutera sept attaques contre un ennemi qui connaissait la valeur de sa position et qui était animé par les derniers feux d’une vaillance désespérée. Au sixième jour seulement, il cédera.

Le Colonel TREILLARD est naturellement présent sur tous les lieux sensibles et au moment critique. Il sait varier ses effets, du coup de main à l’action de grand style, que d’autres gouvernent de trop loin, à son goût. Aucun échec ne le rebute, pas plus qu’il n’entame la robuste confiance de ses subordonnés. Il faut faire sauter ce bastion de Banogne, derrière lequel rien ne pourra bloquer la poursuite.

Première attaque : le 29 octobre, à 11 heures, après quatre heures de préparation d’artillerie, les têtes de nos trois bataillons s’élancent sous les feux fichant des mitrailleuses ennemies. Les premières tranchées sont enlevées, mais on ne peut en déboucher. Trente Allemands sont capturés.

Deuxième attaque : Le 29 octobre, à 15 heures, après une demi-heure seulement de préparation, la progression est reprise, légère et coûteuse. Trente nouveaux prisonniers.

La journée du 25 octobre nous a coûté : 25 tués, 96 blessés, 6 disparus.

Au cours des deux jours suivants, les 30 et 31 octobre, afin de situer les nids de mitrailleuses qui interdisent toute progression, un programme de reconnaissance et de patrouilles est mis en œuvre. Nous avons 32 blessés.

Troisième attaque : le 1er novembre, à 10h30, elle part après quatre heures de préparation d’artillerie. Enfin, la résistance opiniâtre de l’ennemi fléchit légèrement : la crête est franchie en deux points. Le Lieutenant LOGEARD disparaît avec 20 hommes au-delà de l’horizon. Le Lieutenant PECHEREAU est tué. Saluons ici le dernier officier du 409 tué dans la campagne.

Le barrage d’artillerie, grêle et lent, a été dépassé. Les canons de 37 prennent à leur compte l’appui de feu.

Le cimetière est enlevé et la Compagnie GIRAUDON pousse toujours derrière son Capitaine blessé. L’ennemi commence à poser les armes : une compagnie entière se rend (deux officiers et soixante-dix hommes). Quinze d’entre eux  ont d’ailleurs été fauchés volontairement par leurs mitrailleuses au moment où ils se dirigeaient vers nos lignes. L’âpreté des combats ne cède pas.

Quatrième attaque : Le 1er novembre, à 16h30, reprise de la progression, sans succès.

Nos pertes pour la journée du 1er novembre se sont élevées à : 17 tués, 28 blessés, 20 disparus.

Les effectifs du 409 étaient déjà très faibles au début des attaques, malgré les renforts reçus ; maintenant, il n’y a plus que des fantômes de Compagnies : la 5è, par exemple, compte quinze hommes. Et les obus toxiques tombent dru.

Cinquième attaque : le 2 novembre, le Régiment a reçu l’ordre d’ouvrir la brèche coûte que coûte. Le Colonel TREILLARD s’éclaire d’abord par deux coups de main commandés par le Lieutenant VILLEMIN ; la situation est peu encourageante mais l’action se déclenche quand même, à 10 heures avec, il faut bien le dire, un élan mesuré, compris de tous et justifié.

Sixième attaque : le 2 novembre, dans l’après-midi, pour éviter une hécatombe et respecter les ordres, le Colonel fait les ouvrages ennemis à la grenade devant nos premières lignes. Nous sommes vigoureusement contre-attaqués, mais ramenons les prisonniers. Dans cette journée, en actions de détail, nous avons perdu : 1 tué, 9 blessés, 3 disparus.

Saluons encore, ici, le dernier soldat tué dans la campagne : il s’appelait SERREAU Charles-Henri, et, dans un symbole qui est tout à la gloire de notre Service de Santé, n’oublions pas que son corps fut accueilli au Poste de Secours, par le dernier officier blessé du Régiment : le Médecin-Major MAHAUT Albert-Jules.

Septième attaque : le 3 novembre, à 16h15, deux colonnes d’attaques s’élancent contre les dernières résistances ennemies. Elles sont gênées par les feux de notre propre artillerie. L’assaut est bloqué. Nous avons neuf blessés.

Le 4 novembre, le 409, ou du moins, ce qu’il en reste, passe en soutien immédiat. On relève là ses quatre derniers blessés. Citons leurs noms : GALLICHET, GASTINET, BOURGOUIN, DUROUX.

Le sang a coulé pour la dernière fois, et c’en est fait de la résistance de nos coriaces adversaires : ils rompent le combat dès la tombée de la nuit.

Extrait de La petite histoire du 409è par le Général VALTAT in L'Entraide, bulletin de l'Association des Anciens du 409è.