581 – Mardi 8

À minuit nous lançons des obus à gaz, et vers 2 heures le barrage recommence jusqu'à 5 heures. Je suis tellement fatigué que je m'assoupis. Nous refaisons notre abri pendant la nuit. À partir de 5h1/2 c'est très calme. Il passe SCHMIDT dans la tranchée. Que vient-il faire là ? C'est SCHMIDT : ce n'est pas étonnant que les Boches ne tirent pas, puisque quand on les laisse tranquilles, ils ne nous disent rien. Le Commandant et DE CAMPAGNE passent aussi. Vers 11 heures, je m'assoupis mais à midi je suis réveillé par la 2è Cie qui s'en va à cause du tir comme hier. Le Lieutenant me fait savoir que je dois rester là. Le tir ne commence qu'à 2h1/2. Mauvais temps. Les Boches ripostent vite et naturellement cela tombe en plein sur la tranchée. Vers 4 heures ½, le Lieutenant me fait appeler et nous parle de l'attaque. C'est JACQUES qui doit la faire avec AUSSURE. Moi je me porte plus à droite. En rentrant, je me fais sonner. Je vais reconnaître l'emplacement à la tombée de la nuit et j'envoie les types travailler.

Je range toutes mes affaires et je me dépêche : je m'assoupis un peu vers 11 heures mais à minuit se déclenche un tir de barrage, un dépôt de munitions ayant sauté vers le 3è bataillon, 88 et 105 tombent dans la tranchée, surtout un qui fait ébouler un peu la cagna et qui perce toutes mes affaires. Aussi, quand les travailleurs reviennent, je fais évacuer l'endroit et nous nous dirigeons vers la nouvelle position. Après être resté un peu vers la 1ère section, je me mets à mon emplacement et j'installe tout. Je suis installé au lever du jour.

582 – Mercredi 9

Tout est à peu près calme jusque vers 7 heures. Cela tape un peu mais tout rentre bientôt dans le calme. À 10h30, on mange et je fais mettre en position.A 11 h moins 3, on demande le tir de barrage qui se déclenche aussitôt et à 11 heures, la vague part. La 1ère Cie progresse dans le boyau. Au bout de 10 minutes, ils reviennent, n'ayant pu prendre l'autre barrage, mais ils repartent. Je fais tirer à ce moment là mais la 1ère pièce ne fonctionne plus ! On se dispose à tirer avec les mousquetons. Finalement, après 1h1/2, nous sommes obligés de regagner les premières positions. Le 75 tire trop court. Le feu de barrage est d'une violence inouïe. Cela tombe toujours. On en est réduit à la défensive. Les heures se passent, interminables sous le bombardement. BOURCIER n'a pas l'air d'avoir la frousse. Enfin, vers 6 heures, cela se calme un peu, mais cela tape toujours. Je suis absolument abruti. J'apprends que MARCHAIS, DELEPLACE, le Caporal LEZIN et plusieurs autres sont morts.

C'est vraiment terrible !

Vers 8 heures, cela a l'air de vouloir recommencer mais cela ne dure pas longtemps. Les poilus se mettent à travailler et nous approfondissons sérieusement le boyau. Je reste de quart de 10 h à minuit.

583 – Jeudi 10

J'attends la soupe et ensuite je vais me reposer. Vers les 4 heures, les Boches bombardent beaucoup l'arrière. Je me repose jusque vers 7 heures. Tout est assez calme. Le brouillard se lève à 8h1/2. Des avions rôdent. Tout de suite il fait très chaud aussi tout reste calme. La journée est accablante. De gros nuages d'orage montent dans le ciel. Vers 5 et 6 heures, une nuée d'avions sillonne le ciel, la plupart boches. Il commence à pleuvoir un peu. Je vais reconnaître une nouvelle position et, en revenant, un tir de barrage se déclenche mais ne dure pas très longtemps. La section va travailler à cette nouvelle position.

584 – Vendredi 11

Ce matin, je dors un petit peu après l'arrivée de la soupe mais je me réveille avec mal aux dents. Une nuée d'avions boches sillonne le ciel et cela dure toute la matinée. On mange avant la grande chaleur. Dès 11h on étouffe littéralement. J'ai des hallucinations. Je souffre beaucoup toute l'après midi. On ne parle toujours pas de relève. SCHMIDT voulait nous faire encore attaquer mais il paraît que personne n'a voulu marcher : c'est pourquoi nous allons encore rester là quelques jours. J'ai envie d'écrire mais comme mon papier à lettres est perforé, je ne peux pas. A 8h1/2, très petit feu de barrage qui cesse tout de suite. GABORIAU va mettre en batterie à la nouvelle position. Comme c'est intelligent ! A 300 m à droite et à gauche, il n'y a rien et l'on pourrait se faire cueillir par quelques grenadiers.

585 – Samedi 12

Je vais remplacer GABORIAU à 1 heure et je reste jusqu'à 3h1/2. MOINET vient me voir. Je dors jusque vers 7h1/2. Toujours temps très chaud. Aussi les cadavres empestent-ils. Le calme continue. Toute la journée, nous souffrons encore de la chaleur. Ce soir la section qui nous relève va se mettre à son emplacement vers 9 heures et MOULEY ne vient nous chercher qu'à minuit et demi.

586 – Dimanche 13

Nous faisons vite pour aller jusqu'au canal et nous passons la passerelle en vitesse. Depuis que nous sommes venus, le boyau a l'air d'avoir été retourné joliment. Nous arrivons au bastion JEMMAPES et l'on s'installe dans une sape. BOURCIER vient nous retrouver. Je dors jusqu'à 10 heures et ensuite je vais me laver, ce qui me cause bien du soulagement. Je dors encore un peu après la soupe et j'écris. Il paraît qu'hier soir aux carrières, il y a eu une sorte de révolte. SCHMIDT a failli se faire tuer et 2 bataillons du 174è ont refusé de monter en ligne. Le Génie voulait le tuer à coups de grenades et les types faisaient des patrouilles dans le bois. Le Colonel a été obligé de supplier les types de monter et à la fin, ils s'y sont tout de même décidés. Mais il paraît que ce n'était pas drôle. Là-dessus SCHMIDT est parti à l'armée.

Nous devons changer d'emplacement et nous partons vers 8h1/2. Jusqu'au canal cela va bien. On passe par l'écluse du Gaudart mais avant d'arriver au marécage, on croise 2 Cies du 174è : c'est intéressant. Ensuite comme les Boches tirent sur le boyau, il nous faut marcher très vite de telle sorte qu'il y en a qui se perdent dont GABORIAU.

J'arrive à l'emplacement. C'est bien mou et nous ne sommes guère abrités. Enfin, si on pouvait être tranquilles. Mais les Boches bombardent toute la nuit. J'ai fini de m'installer à 23 heures.

587 – Lundi 14

Toute la nuit cela tape tout autour de l'abri : les muletiers nous trouvent tout de même avec la soupe.

Vers 5h1/2 GABORIAU s'amène et retourne chercher ses types. Toute la matinée cela cogne régulièrement : ce que cela est assommant !!! Je dors un peu car je suis littéralement brisé de fatigue. Il fait toujours un temps très lourd. Les poilus sont également très fatigués : nous sommes dans un vraiment sale coin.

Après midi, il fait de l'orage mais cela cesse bientôt. MOUSTEY vient et apporte les lettres. Toujours pas de nouvelle de relève. Cela tape continuellement. Heureusement que j'ai juré de consacrer ma section au Sacré Cœur quand je serai sorti d'ici, il n'y arrivera sûrement rien. Dans la soirée l'artillerie pilonne toujours, cela ne se calme presque pas. La soupe arrive vers minuit : nous sommes mis en alerte et la section reste de piquet. Le reste de la nuit a l'air assez calme, mais vers 5 heures cela recommence. Il paraît que les Boches ont attaqué et qu'ils ont cueilli une partie de la 6è Cie.

A suivre...

Avec l'aimable autorisation de son petit-fils - Merci de ne pas reproduire sans autorisation