588 – Mardi 15

Toute la matinée, nous sommes en alerte. LUC vient s'installer près de moi et nous passons la journée ensemble. Vers 2 heures, je vais reconnaître mon emplacement de 1ère ligne et cela se met à cogner aussitôt. Je me repose le reste de l'après midi.

A 6 heures la danse devient sérieuse, il paraît que la division de gauche a fait un coup de main aussi les obus tombent ! On se tient prêts à intervenir au cas où les Boches contre-attaqueraient. Mais cela ne se produit pas et tout rentre bientôt dans le calme.

En attendant la relève que nous devons faire cette nuit, je me repose de même que toute la section.

589 – Mercredi 16

Je pars à minuit avec la section et je passe par le boyau Gibet. A 1h1/2, tout est terminé. Je relève le Sergent LEMAIRE de la 2è CM. Il paraît que DESGRANGES est blessé et CHARPENTIER évacué pour oreillons. Toute la nuit qui est très calme, nous nous installons. Il fait du vent et assez froid. Je veux dormir un peu mais je suis glacé. Le Lieutenant MOINET vient me voir. Nous ne sommes pas si bien que dans notre petit abri de crapouillot, mais le coin n'a pas l'air trop marmité. La journée se passe d'une façon très monotone : chaque fois que je dors, je suis gelé. Il pleut. Je retourne au barrage voir MERLE et je reviens manger. A 9 heures on lance des fusées pour l'artillerie et l'on découvre un boyau ignoré qui s'en allait droit chez les Boches. A 20 h j'envoie une corvée chercher des sacs à terre : tous les types râlent et sont éreintés. Enfin, ils y vont tout de même. Je prends le quart de 1h à 3h et je grelotte littéralement.

590 – Jeudi 17

Pendant tout le temps que je suis de quart, il pleut. Je vais ensuite me coucher jusqu'à 6h1/2 et je suis toujours glacé. BRIDIDI me refait ma cagna qui commençait à s'emplir d'eau. La pluie cesse petit à petit. Vers 10 heures et vers 4 heures le soir, cela tape un peu et, en dernier lieu, ces imbéciles de 75 qui vont sûrement nous faire  prendre bientôt du 210. Tout est calme jusque vers 8 heures ½ mais les Boches déclenchent un tir de barrage sans raison qui nous tient en éveil car ils pourraient très bien attaquer. Les 75 tirent trop court, aussi je lance des fusées. Comme dans la journée nous avons commencé une sape, on vide les sacs à terre mais on est ennuyé par les fusées. De plus, on creuse le boyau mais comme on fait trop de bruit, on reçoit des obus. Je fais cesser le travail.

591 – Vendredi 18

Je prends le quart à 2h1/2 et je me tiens sur mes gardes.

Les Boches ayant envoyé des obus sur le petit poste, je mets en alerte jusqu'à ce que le jour soit bien arrivé. Les avions boches s'amènent et ce qui fait le plus mal au cœur c'est que l'on en voit pas un seul des nôtres. Pourtant ils arrivent mais vers 6h1/2, 2h1/2 après les autres. C'est tout de même malheureux de voir cela. Étant fatigué, je me couche à 7h1/2. ALAPHILIPPE vient reconnaître mon emplacement pour me relever : cela a l'air de l'embêter sérieusement. Je dors jusqu'à 9h1/2. L'artillerie tape beaucoup. Après le déjeuner, je dors encore jusqu'à 2h1/2 puis j'écris.

L'artillerie tape toujours. La relève se fera vers minuit et nous devons aller vers Cauroy. C'est rudement chic. Mais comme les lettres n'arrivent pas, je suis d'une sale humeur. Le temps se couvre un petit peu et le vent, assez violent cet après midi, se calme un peu. Les lettres arrivent à 8 heures. Les avions boches en prennent à leur aise. Vers 9 heures, tir de barrage habituel mais qui ne dure pas longtemps. Je m'assoupis en attendant la relève. La 1ère Cie passe vers minuit ½. Les bonshommes rouspètent. ALAPHILIPPE arrive vers 1 heure : on est coincé dans le boyau et on ne peut partir qu'un quart d'heure après. Dans la tranchée, il n'y a personne pendant 300 m. Les Boches tirent peu.

592 – Samedi 19

Nous marchons rapidement dans le boyau Séchamp et le boyau du Serpent. La traversée du marécage se fait assez bien. Après l'écluse nous faisons une longue pose et comme le boyau est terriblement sale, on monte sur le parapet. Nous arrivons à la cagna vers 4 heures et nous la trouvons occupée par GANNE et ses poilus. DE CAMPAGNE les fait déménager et les types s'installent. Je pars me nettoyer au TC avec SALLE et HUSSE. Tout est fleuri, les arbres sont feuillus, les oiseaux chantent, on se sent renaître, on croirait que c'est une nouvelle vie qui commence.

Je passe la journée à me nettoyer. A 4 heures il fait un orage assez fort et il tombe beaucoup d'eau. Quelle gadouille cela va encore faire ! J'apprends que Jacques est  à Tours, le veinard. Je reviens avec DESCURIER à 6 heures ½ et suis rentré à 8 heures. Je ne me couche qu'à 9h1/2. Ce soir, pas de tir de barrage.

593 – Dimanche 20

Je me lève à 8h1/2 et je sors un peu : j'écris à JACQUES et après la soupe, je perds 4 F aux petits paquets. Je passe le reste de la journée à écrire. Il fait très chaud et je suis dans l'escalier de la soupe. Les Boches tapent sur les batteries de Cauroy et il y a beaucoup d'avions en l'air. Il y a un Boche qui est obligé d'atterrir. Je perds encore 40 sous au 17, ce qui fait 6 F pour la journée, ce n'est pas mal. Je me couche de bonne heure.

594 – Lundi 21

A 6 h je suis réveillé par les types qui ont mis le feu dans la cagna mais c'est vite éteint. J'écris toute la matinée. Le temps est couvert et lourd. L'après midi paraît interminable. J'écris encore mais il fait très chaud. Après le dîner, je regagne un peu ce que j'ai perdu hier. A 8h30 je pars avec une corvée de 60 hommes chercher des boîtes de singe à Solférino, de l'autre côté du canal. Il y a une vingtaine de boîtes qui représentent 115 kilos. Je charge les bonshommes et je laisse GIRARD de la 2è CM se débrouiller avec le reste. Il fait nuit noire et les boyaux sont infects. On porte les boîtes de singe route 44 dans des fourgons et on rentre par la pluie à minuit. Nous ne recevons pas un coup de canon, c'est heureux. Un avion boche pousse le culot jusqu'à venir descendre 2 saucisses de chez nous.

A suivre...

Avec l'aimable autorisation de son petit-fils - Merci de ne pas reproduire sans autorisation