7 mars 1916 raconté par Jean LAGRANGE, Adjudant à la 4e Cie (1er bataillon du 409e)

Ça chauffe ! La 12e Cie a cédé un ouvrage aux boches à 5 h du matin. Contre-attaque dirigée par le Colonel NAULIN en personne. La position est reprise par la 5e Cie, 12 prisonniers du 19e de réserve (RIR 19). Il s'agissait de la redoute d'Haudremont [Hardaumont].

Aussitôt après, bombardement d'une violence inouïe. Les gros obus pleuvent drus et nous encadrent, 4 ou 5 tombent en plein sur l'abri casematé de la redoute. Le béton cède un peu, mais ne lâche pas. Cinq mitrailleurs sont blessés par le même obus, un de mes sergents (BARILLET) est touché à la main droite. Quelques hommes de la 3e sont tués. On vit au milieu des cadavres dans l'odeur du sang.

A la nuit, vive fusillade ; tentative d'attaque des boches enrayée par le barrage des 75. Les artilleurs se dépensent sans compter et subissent d'assez grosses pertes. Le bombardement reprend très vif, nous sommes sur le qui-vive toute la nuit.

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Extrait de Avec le 409è RI - histoire vécue des poilus du 409è - Maurice BRILLAUD

Le 7 mars, à trois heures du matin, la fameuse redoute d'Hardaumont est attaquée par surprise. La garnison du fortin, la 12è Cie, a résisté sur place avec une section de mitrailleuses ; puis elle se replie sur la 7è Cie qui va soutenir le choc, en gardant ses positions.

Le Sous-lieutenant BELINE, dont la section barre le ravin, fait placer les hommes attaqués dans sa tranchée : la ligne est reformée à flanc de coteau jusqu'à la gare.

Le Colonel NAULIN, de la brigade, donne aussitôt l'ordre de réoccuper l"ouvrage et va se rendre compte par lui-même de l'exécution de la contre-attaque.

La redoute est reprise à 5 heures par la Cie DE NANTEUIL (12è Cie) soutenue par la Cie BEAUFIGEAU (9è Cie). Les pertes ont été légères, 19 Allemands ont été faits prisonniers, et on a repris les mitrailleuses que les Boches démontaient déjà.

De violentes rafales d'artillerie nous arrosent copieusement à partir de 11 heures. La cadence est de 30 coups à la minute ; on voit passer le Capitaine DE NANTEUIL et le Lieutenant BISCHOFF qui viennent d'être blessés.

Le bombardement redouble dans la soirée et cause des pertes très sérieuses. Des minenwerfer installés au fort d'Hardaumont démolissent l'ouvrage repris par nous dans la matinée.

Minenwerfer
source : la France héroïque et ses alliés

Partout des tranchées bouleversées, cratères énormes creusés par des milliers d'obus, partout des morts, pauvres petits poilus dont les capotes bleues parsèment le ravin, l'étang, pauvres corps recroquevillés par le froid, et qui ne sont plus que de lamentables choses sur quoi peu à peu la neige étend un linceul menu.

Chaos désespérant du plus désolé des champs de bataille : armes rompues et brisées, souvent aux mains de ceux qui s'en servaient quand la mitraille les a fauchés ; gamelles, bouteillons crevés et bossués, dans lesquels subsistent des résidus de nourriture amenée là au prix de combien d'efforts ; brancards abandonnés, sur lesquels dorment de leur dernier sommeil des blessés qu'une nouvelle blessure acheva ; brancards auprès desquels gisent des infirmiers, au brassard rayé de rouge ; caisses de cartouches éventrées de fusées, de grenades ; paquets de pansements rougis ; outils rendus inutilisables par les obus, sacs ouverts laissant s'échapper les lainages dus à la sollicitude des mères, des femmes, des marraines.

Il semble bien que tout s'écroule sur le front du 2è bataillon : il n'y a plus de communication avec personne, tout est coupé.
Les coureurs sont disparus, tués ou blessés, des hommes de bonne volonté s'offrent ; la liaison téléphonique a pu être rétablie.

Après les blessures des Sous-lieutenants JAMES et THIRÉ, on ne compte plus que 8 officiers pour les 4 compagnies.

  • La 5è Cie a encore 87 hommes,
  • la 6è - 91,
  • la 7è - 103,
  • la 8è - 145.

Mais avec la destruction continue de la première ligne, les pertes vont sensiblement augmenter.

Nous n'avons plus à 18h25, de nouvelles du 3è bataillon ; le Commandant du régiment en réclame.

A 19 heures, une note du Colonel NAULIN, commandant la brigade, informe qu'il y a lieu de prévoir une attaque allemande demain à l'aube. Et comme la Cie BLANQUIE est la plus menacée, la Cie MERLIN, en réserve, va se tenir prête à soutenir le choc.

Trois fois dans la nuit nous aurons des alertes, car l'artillerie lourde ennemie recommence son tir de barrage. Trois fois les Allemands venant du fond du ravin cherchent à forcer nos lignes et profitent admirablement de tous les accidents de terrain pour s'infiltrer jusqu'à nous : une première fois à 21 heures, puis à 23 heures et à 1 heure.

Chez nous, les survivants tirent sans répit : ils ont la certitude que les pertes, en face, s'accentuent. La situation devient de plus en plus grave ; le Commandant PROUST en rend compte.

Vaux vus par les Allemands du 19 RIR

Le temps presse et [LANGSDORFF] décide d’enlever la Tête de Pipe [Pfeifenkopf] de nuit, le 7, à 3h 30. Deux pelotons s’engageront en terrain libre pour assaillir par les ailes la position française pendant qu’un autre peloton fixera les défenseurs en engageant un combat rapproché dans les boyaux.

L’affaire, menée rondement, réussit ; mais elle fut chaude. Le nombre des cadavres en témoignait. 31 Français furent capturés et parmi eux, beaucoup de blessés. Les pertes allemandes furent très sérieuses. Le Chef de bataillon, lui-même, qui suivait l’action au plus près, tomba grièvement blessé.