L'engagement du 409e dans la Bataille de la Somme eut lieu au mois d'octobre 1916, il y a cent ans.

A cette occasion, je vous propose la transcription des souvenirs de Jean LAGRANGE, alors Sous-lieutenant à la 1ère Cie (1er bataillon), Chef de section.

29 septembre au 4 octobre 1916

Après reconnaissance habituelle des positions nous remplaçons en 1ère ligne, la 1ère Cie au boyau du Valet devenu tranchée.

Pas de fil de fer devant nous. Lignes ennemies à :

  • 250 m à gauche de la Cie,
  • 800 m au centre,
  • 50 m à la droite.

Deux rentrants en face l'un de l'autre. Ma section occupe une tranchée neuve sans abris. Trous de renard pour les hommes. A chaque instant on découvre des cadavres enterrés plus ou moins complètement par le bombardement. A un endroit la tranchée est pleine de vers. On n'y peut passer qu'en se bouchant le nez. A un autre endroit, un abdomen verdâtre émerge de la boue. Je l'enjambe chaque jour. Le bombardement est incessant, lent par moments, intense à d'autres. Pas de jour sans qu'un barrage nourri ne soit déclanché par les boches.

Soyecourt

Un carrefour de boyaux, une " ferme sans nom " et un " moulin détruit " servent particulièrement de cibles. Ce sont des endroits très dangereux où l'on passe vite et où il arrive souvent de se jeter à plat ventre pour éviter des éclats d'obus.

Les ordres d'attaque se précisent. Nous travaillons chaque nuit à l'établissement des parallèles de départ. Travail difficile en raison du bombardement.

Une nuit, l'ennmi ayant probablement aperçu des ombres, crut à une attaque et fit exécuter un violent tir d'artillerie qui causa quelques pertes aux fantassins et aux sapeurs opérant de concert. Il fallut attendre la fin de l'averse pour reprendre le travail, ramasser les blessés, les soigner dans l'obscurité.

Nos tirs de destruction sont commencés. Chaque jour, le village d'Ablaincourt diparaît sous la fumée. Les tranchées allemandes qui en séparent sont torpillées systématiquement. La nuit, des pièces de 75 sont amenées jusqu'à proximité de nos 1ères lignes pour battre certains boyaux importants pris d'enfilade. L'activité aérienne est à son plus haut point.

Nous possédons des plans très détaillés des organisations boches. Nos axes de marche sont connus. Nos objectifs également. Nous avons tout le temps voulu pour repérer le terrain et prendre des points de direction. Seuls les jours et heures d'attaque sont inconnus et désignés dans les ordres par J et H.

Ces 6 jours de tranchée ont été très durs aussi nous sommes retirés des premières lignes et envoyés en attendant le jour J dans les nombreux abris boches de Soyécourt, où nous restons du 5 au 9 octobre [1916].

Merci de ne pas reproduire sans autorisation.