14 octobre 1916, par Jean LAGRANGE

Avant le jour la 2e Cie sort pour exécuter une reonnaissance, esseayer de contourner Ablainsourt et se mettre en liaison avec une pratrouille très forte du 408e. Mais les boches tiennent encore fortement l'autre partie du village et le cimetière. Leur fusillade empêche la reconnaissance d'agir offensivement et cause même quelques pertes. La 2e Cie rentre.

On me signale peu après une forte patrouille boche s'avançant vers ma tranchée. Décidément c'est la nuit agitée ! Je fais évacuer la partie menacée, c'est une ruse.

Ne trouvant personne les boches se hasardent à descendre chez nous. Au petit jour nous nous en apercevons. Du barrage établi pour servir de point de départ à une progression à la grenade, le caporal COLOMBIER fait un beau coup en descendant un officier reconnaissable à sa casquette alors que tous les hommes ont le vilain casque de tranchée.

Nous lançons quelques grenades, la patrouille voyant son chef par terre se disperse et nous n'avons plus qu'à nous réinstaller et à cueillir le prisonnier. Il est du 208e [régiment d'infanterie de réserve - RIR 208], a dans sa poche le plan d'attaque, dans un pied des éclats de grenade et dans la tête une balle. Le tout s'en va au Commandant, puis au Colonel.

RIR208_Feldpostkarte

Source Wikipedia

Au retour des brancardiers, nous apprenons que le boche est mort en chemin.

Quelle nuit ! Enfin il fait grand jour maintenant, aucune surprise à craindre. Seul le bombardement continue sa musique infernale. Les derniers pans de murs d'Ablaincourt tombent les uns après les autres. Je prends quelques heures de repos.

A 8 heures du matin, je reçois la visite du capitaine du 109e qui se trouve à ma gauche. Il m'annonce que son régiment doit attaquer à 11 heures pour enlever la sucrerie de Genermont. Comme je me trouve en pointe, sa compagnie doit en fin d'attaque se trouver à hauteur de la mienne de façon à réduire le saillant. Liaison à assurer au cours de l'opération. Bien. Entendu !

Encore du travail, encore une journée où l'on ne chômera pas.

La préparation commence. Les obus pleuvent sur les tranchées boches qui disparaissent dans un nuage de fumée. Les postes avancés ennemis sont évacués et les occupants mitraillés à bonne portée.

A l'heure dite, les vagues d'assaut se profilent sur le ciel. Totu se passe bien. Les objectifs sont atteints rapidement.

Par suite d'un ordre nouveau, la compagnie voisine n'avance pas jusqu'à moi. Les boches croyant voir là un point faible, tentent une réaction, mais tout le monde étant prêt ils sont vite désabusés.

Un fusilier-mitrailleur " à cran ", le soldat PANNEAU, posté de manière à prendre l'ennemi d'enfilade contribue pour une large part à ce résultat.

Malheureusement il est tué peu après, d'une balle dans la poitrine.

Deux autres tués dans la journée et quelques blessés. Mon effectif commence à fondre. Le soir en comptant tout le monde, nous ne sommes plus que 80. C'est maigre.

Mais il faut tenir quand même. D'ailleurs les boches ont bien trinqué et sont tranquilles.

Deux belles journées de gloire pour la 1ère Cie. Chacun est récompensé suivant son mérite. Pour ma part, je suis l'objet de la citation suivante :

Le Général commandant le 21e Corps d'Armé cite à l'ordre du CA le sous-lieutenant LAGRANGE

Commandant une Cie en position dans un saillant prononcé, au Nord-Est d'Ablaincourt, menacé d'enveloppement par une attaque allemande qui avait pris pied dans le secteur voisin, a maintenu par son exemple et son sang-froid ses hommes dans les tranchées. A contribué à reprendre une partie du boyau de communication perdu et à rétablir la liaison, dispersant et tuant de concert avec les mitrailleuses du bataillon, les Allemands qui s'étaient introduits dans nos lignes. Nuit du 13 au 14 octobre 1916. Officier d'un courage éprouvé.

Signé : MAISTRE

C'est clair, précis, concis et surtout ça fait plaisir. Toute peine mérite un salaire.

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