993 Dimanche 23 juin 1918

Le Commandant  KÜNTZMANN passe ce matin ; il fait beau ; dans l'après midi, je vais reconnaître les travaux qu'il y a à faire.

A la fin du dîner, je vois BRILLAUD. Puis je vais me coucher ; les boches tapent. Au moment de m'endormir, j'entends DESCARPENTRIES qui s'apporte avec toute sa liaison car sa maison en paille se fait sérieusement sonner. Je lui laisse mon P.C. Et vais me coucher dans un autre trou ; les types se casent comme ils peuvent.

994 Lundi 24

Il fait assez frais. La 10e compagnie vient travailler et je la place dans le bois ; on installe une table près du P.C. AIRAULT et VARICHER viennent déjeuner avec nous. Dans l'après midi, ROBET part en permission avec sa deuxième ficelle. Je dors jusqu'à 4 h ½. Après dîner, je vais jusqu'à la 3e section ; il pleut. Les boches envoient quelques obus dans notre ravin.

995 Mardi 25

La 11e compagnie vient au travail et me réveille à 7 heures. Des avions boches se promènent en l'air et font des réglages ; comme les corvées sont probablement vues, il arrive des rafales de 88 un peu plus haut que nous, dans le bois. Le début de l'après midi est assez calme ; je me couche un peu, mais je suis réveillé par DELBREIL, MERLIN et HAMELIN ; juste à ce moment là, on reçoit des obus qui tombent assez loin. Après le dîner, je vais avec DESCARPENTRIES à la 4e section et on cause un peu avec LEFÈVRE et DORÉ. Nous revenons et allons nous promener sur la crête en face de notre bois. À ce moment là, les boches envoient juste des 150 ; nous rentrons pendant un moment d'accalmie. Durant la nuit, il tombe encore des obus près de notre bois.

996 Mercredi 26

Il fait très beau temps ; les hommes travaillent un peu. Avant le déjeuner, nous voulons aller au P.C. du 2e bataillon mais on rencontre AIRAULT et nous rentrons ensemble. Dans l'après midi, nous retournons et nous les trouvons au bois triangulaire en train de jouer au bridge. On reste là jusque vers trois heures. Je rentre et l'état major du 1er bataillon va reconnaître ; ils ont l'air de ne pas avoir grande envie d'attaquer. La soirée est assez calme. Le 1er bataillon monte ; très mauvais moral parmi les hommes. Je dors un petit peu et, à 11 heures, nous partons. Vers minuit, nous sommes à Villers le Vaste.

997 Jeudi 27

En arrivant à Chambardy, je me nettoie et j'écris ; le jour vient ; je prends une bicyclette et je vais jusqu'à May en Multien. La route est très mauvaise. Le patelin est bien changé : tout est plein de troupes ; naturellement, les maisons ont été pillées ! Je revois mes anciens propriétaires. Puis, je reviens ; il fait très chaud et la bécane ne marche pas. L'après-midi, je me repose car je suis fatigué. Je couche à la popote.

998 Vendredi 28

Ce matin, je me repose ; il y a nettoyage. Cet après-midi, comme il fait beau, je vais jusqu'à la Ferté ; il fait très chaud sur la route. Je passe par le T.R. au Lunin et je descends à travers bois jusqu'à la ville. Je me promène un peu avec LÉGER qui s'en va à Paris. Je rentre pour dîner.  Ce matin, les boches envoient une dizaine d'obus sur le patelin ; il y a des travailleurs de tués.

999 Samedi 29

Aujourd'hui, exercice ; il est malheureux de voir qu'en descendant des lignes, on soit embêtés de la sorte : c'est ce qui agit sur le moral et qui le rend si mauvais. Cet après midi, même chose par chaleur étouffante. Et puis, il paraît que l'on ne peut plus sortir du cantonnement. Ce n'est pas la peine de s'esquinter pour une bande de cochons qui nous empêchent d'avoir un peu d'agrément !

Le mieux, c'est de s'en aller sans rien dire à personne. Mais on peut toujours les laisser tomber, ces vaches là ! J'en fais le moins possible. Les autres jouent au bridge.

1000 Dimanche 30

Il fait très beau temps. Le 3e bataillon du 170 descend au repos. Je vais à la messe à 9 heures et je me fais payer ma solde. L'après midi, il fait très chaud et je dors un peu. Je me réveille vaseux. Avec LÉGER, je vais voir manœuvrer la saucisse. La soirée est délicieuse.

Avec l'aimable autorisation de son petit-fils - Merci de ne pas reproduire sans autorisation