1014 Dimanche 14 juillet 1918

En rentrant de la messe, j'apprends une triste nouvelle : l'abbé RAMBAULT, du 1er Bataillon a été tué cette nuit, parait-il ; c'est une grosse perte pour le régiment. Nous allons chercher des officiers américains qui viennent manger avec nous. La salle à manger a été remplie de feuillages par LEGER. On fait un excellent repas ; le petit américain est saoûl. Puis nous allons au concert où nous restons debout. Assez bon spectacle. En sortant on boit encore du champagne. Il tombe des averses, aussi je ne vais pas voir les courses. Après le diner, on fait un bridge jusqu'à minuit.

1015 Lundi 15

Le repos continue ; je fais ma toilette ; il fait très chaud. L'après midi parait longue ; on reçoit le communiqué disant que l'offensive s'est déclenchée de Château Thierry à la Main de Massiges ; nous n'avons presque pas reculé. Ce soir, les poilus font du chahut et n'éteignent pas leurs lumières, bien qui'il y ait des avions en l'air.

1016 Mardi 16

Je me lève assez tard ; il parait que la gare de La Ferté a reçu une bombe en plein. Le communiqué n'est pas mauvais.

Dans l'après midi, la compagnie va faire un petit tour ; on revient par Dhuisy où l'on passe dans la chambre à gaz. Toujours temps très chaud. Je me couche après avoir fait un petit tour ; les américains partent en auto. Tout à coup, j'entends des éclatements : c'est un avion qui vient de lâcher une demi douzaine de bombes. Rien dans le reste de la nuit.

1017 Mercredi 17

Je me lève tôt et je vais à Dhuisy ; puis j'arrange mes affaires. Avant le déjeuner, je fais un bridge ; après également. ROBET part reconnaitre et je reste à m'embêter pendant la fin de l'après midi. Nous partons à 7 heures et nous passons par le bois des Ablais. Le sergent DUPONT se trompe de route et nous fait faire du chemin en rabiot. A la corne du bois de Vaurichard, DELBREIL m'annonce qu'il y a réunion des Commandants de Compagnie à la Tuilerie. J'y vais en l'absence de ROBET. Là, grand mystère, le colon nous montre un plan ordonnant une attaque pour demain. On fait laisser les sacs au pont et après un laïus insipide, on rejoint nos compagnies par un orage épouvantable. Je vais avec RIVALIER jusqu'au bois triangulaire où je trouve ROBET qui m'envoie à CAGNAC.

1018 Jeudi 18

La nuit est épouvantablement noire ; après bien des tâtonnements, je trouve CAGNAC qui ne sait pas trop de quoi il s'agit. Je lui explique, puis je vais retrouver ma section au bois B. Ensuite, je la conduis à la halte, puis je vais voir DUGOURD. On place tout mais les poilus sont très fatigués. Les obus tombent dans le ravin : on met les masques plusieurs fois. A 4 h 35, l'attaque de déclenche ; on traverse le pont tous en paquet, puis on se réunit pour monter la côte. A peine parti, un obus tombe à côté de moi, mettant en bouillie mon voisin ; je suis blessé à la main, mais je continue. La droite avance beaucoup et ROBET qui est à gauche, n'a pas avancé aussi vite. Je suis obligé de partir avec CRESSAN, mon doigt me faisant  trop mal. Nous traversons le barrage dans le bois Sabdral. Je vois le commandant, puis, au bois en S. POIRÉ m'envoie au médecin chef. La route est longue. Au pont, je trouve d'abord des grosses pièces qui cassent les oreilles, ensuite MAHAUD qui m'évacue. Je monte en auto jusqu'à Cocherel à l'ambulance divisionnaire, puis on me conduit à Coulommiers. A l'H.O.E., on me fait mettre à poil, puis on me conduit dans une salle où l'on me lave les pieds. Ensuite, on me passe à la radio et le chirurgien dit qu'il ne peut pas m'opérer ici et qu'il va m'évacuer. On me conduit alors dans un lit où je reste. Je suis à côté d'un type trépané.

1019 Vendredi 19

A midi, je m'habille et à 2 heures, je pars par train sanitaire. A Rosny sous Bois, on sort de la gare pour prendre l'apéro. Je dors bien.

1020 Samedi 20

A 7 h on arrive à St Pierre des Corps. Je me fais descendre et suis conduit à Clocheville, où l'on me permet de loger chez moi. J'arrive à la maison à midi.

Avec l'aimable autorisation de son petit-fils - Merci de ne pas reproduire sans autorisation