Pour commémorer le centenaire des combats de Cauroy, je vous propose le récit qu'en fit Jean LAGRANGE, sous-lieutenant à la 1ère compagnie :

[...] Le 3 [mai] au soir, nous apprenons que J = 4.

C'est pour demain. Nous nous mettons en tenue d'attaque, les musettes sont bourrées, l'une de vivres, l'autre de grenades et vers minuit nous partons de façon à nous trouver le 4 mai, avant le jour, à notre place de bataille, dans une tranchée sans abris aux avancées du village de Cauroy. L'attaque doit partir à 6 heures.

Nous nous trouvons juste sous la gueule des canons d'une ligne de 75 crachant sans interruption. Ce vacarme littéralement assomant nous fend la tête, ébranle le cerveau, fait sonner les tympans. On ne s'entend plus parler. A chaque coup nous sentons le souffle d'air.

Les 170e et 174e régiments sont en première vague. Ils atteignent leur objectif, le Champ du Seigneur constitué par un bois de sapins.

Mais la violence et la ténacité des contre-attaques ennemies ne leur permettent pas de conserver le terrain conquis. Le 3e bataillon du 409e doit même intervenir pour fixer l'ennemi.

Pertes assez sérieuses des deux côtés.

Nous voyons passer 200 prisonniers allemands ; ils portent le n° 90.

Le barrage allemand commencé quelques minutes avant notre attaque, diminue d'intensité vers 16 heures. La lutte s'apaise. Nous n'avons pas eu à combattre, peu d'obus sur notre emplacement. Nous coucherons à la belle étoile en attendant les ordres.

Il ne fait pas froid heureusement.

Vacarme comme la nuit précédente. La 1ère ligne demande le barrage à deux ou trois reprises. C'est alors un roulement d'orage et un embrasement général.

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