Le 6 mai 1917 par Jean LAGRANGE, sous-lieutenant à la 1ère compagnie

Le matin de bonne heure, reconnaissance des emplacements que nous viendrons occuper dans la nuit. Par bonheur, l'artillerie allemande est calme. Nous pouvons franchir la route 44 et le canal sans être inquiétés.

Quelques rafales de tir indirect à la passerelle de fortune du moulin de Loivre.

Des cadavres de l'avant-veille non enterrés.

Nos camarades du 170e paraissent éreintés.

Retour à Cauroy sans incident. La course a été longue, il ne reste plus qu'à dormir en attendant la nuit, car après la relève, adieu le sommeil et le repos.

A 23 heures, nous nous mettons en route. Il fait un clair de lune extraordinaire, à tel point qu'un avion allemand survolant nos lignes, distingue le défilé produit par nos ombres sur les parois des boyaux. Il arrête son moteur, descend en vol plané à 300 mètres au-dessus de nos têtes et envoie 3 bombes à proximité de la tête de la colonne.

Gros éclatement. Lueur très rouge. Il s'éloigne.

Nous reprenons notre marche. Vers le canal, encore un avion qui rôde. Halte ; effacement dans l'ombre. Il s'agit ensuite de franchir la légère passerelle.

Comme nous en débouchions sur l'autre rive, une rafale d'obus s'abat non loin de là, ce qui a pour effet de faire partir comme un volée de moineaux, une corvée de vieux travailleurs.

Ils nous traversent pêle-mêle ; cet incident met un peu de confusion dans ma section et je suis obligé de tempêter pour rétablir l'ordre et empêcher l'affolement.

Ensuite parcours sous bois parmi les arbres enchevêtrés.

Après bien du mal j'atteins la tranchée de soutien que je dois occuper. Encore une rafale d'obus sur la première ligne occupée par deux sections de la Cie. Le sous-lieutenant LECERF, le sergent MAUPELE et deux hommes sont blessés. Bon début.

Le jour arrive, je me dépêche de faire un long trajet à quatre pattes pour trouver la liaison sur ma gauche. Rien.

Je me trouve nez à nez avec des cadavres que j'avais pris tout d'abord pour des gens endormis. Je réintègre mon emplacement car une telle promenade au grand jour finirait par être dangereuse.

Merci de ne pas reproduire sans autorisation.