Le 7 mai 1917 raconté par Jean LAGRANGE, sous-lieutenant à la 1ère compagnie

Notre installation manque de confortable.

Pour abri, une niche sous le parapet de la tranchée, laquelle est bouleversée en de nombreux endroits. Beaucoup de prudence pour circuler. La hauteur de Brimont domine tout.

Nos mouvements sont épiés et tous aperçus et reçoivent une quantité d'obus proportionnée à leur importance. Trois pour un homme isolé, j'en fais l'expérience.

De plus l'aviation ennemie est très active. Plusieurs fois par jour nos premières lignes sont survolées à faible hauteur et les hommes visibles tirés à la mitrailleuse. La prudence conseille de disparaître, aussi ceux qui ne sont pas de faction, restent-ils abrités.

De 9h à 11h bombardement par gros calibres. Le tir est règlé par deux avions. Ma tranchée est particulièrement visée. Encore une joyeuse matinée. Deux heures à se courber sous le souffle des obus, deux heures à être ébranlés par les explosions puissantes, à recevoir la terre projetée, à respirer la fumée âcre, à se demander si le prochain obus ne va pas tomber torp près...

A 11 heures les artilleurs boches cessent le tir. Ces messieurs vont sans doute déjeuner. Je vais pouvoir en faire autant.

Pas de course dans un boyau pris d'enfilade et où quelques 77 viennent me gêner.

Bombardement jusqu'à la nuit. Ma tranchée a été bien repérée et presque détruite, à certains endroits je ne reconnais plus les lieux tant ils sont chahutés. Pas de pertes en hommes. En parcourant ainsi ma propriété dévastée, je suis pris sous un tir de barrage. Le barrage quotidien, bien fourni, bien serré. Une heure passée blotti dans une niche à méditer sur des sujets tristes. Quelques bonnes secousses et de la terre à volonté sur la figure. A côté de moi, un soldat trouve le moyen de ronfler au milieu d'un tel orage. La fatigue en est cause.

Enfin l'ouragan s'apaise. Nous recueillons deux camarades blessés du 170e, prisonniers des boches depuis le 4 et qui ont pu s'échapper en profitant de la nuit et du vacarme. Les malheureux sont exténués au point de ne plus pouvoir parler. Nous n'avons rien à leur donner, aussi les conduisons-nous au poste de secours.

Il fait noir. Nous en profitons pour installer du fil de fer devant notre front. Cette besogne m'échoit. Travail dangereux, exécuté à contre-coeur par les hommes et pour lequel il faut payer d'exemple si l'on veut obtenir un résultat. Aussi pas d'hésitation.

Après avoir envoyé une patrouille de protection, je franchis le parapet à la tête de mon équipe et au travail. D'ailleurs les trous d'obus sont nombreux entre les lignes et en cas de tabac on peut s'y blottir.

Un tir de harcèlement est bien gênant, par bonheur celui que nous essuyons est un peu long.

Le travail terminé je prends le quart, ma faction à moi, jusqu'au jour.

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