9 mars 1916 raconté par Jean LAGRANGE, Adjudant à la 4e Cie (1er bataillon du 409e)

Le combat ne cesse pas de la nuit. On craint une attaque sur le fort de Vaux. De fait, le bombardement redouble à la fin de la nuit et à 6 heures, il fait à peine jour, les boches montent à l'assaut en masses sur les pentes du fort, en ordre parfait, lançant des fusées-signaux au fur et à mesure de leur avance.

Plus de tranchée. Nous sommes en tirailleurs dans les trous d'obus. Plus de 75 pour faire le barrage, ils sont écrasés, une seule pièce tire.

Le moment est critique, les boches sont parvenus aux réseaux de fils de fer du fort, c'est alors que des mitrailleuses se dévoilent, fauchent les masses boches, balaient le glacis, et les font refluer en désordre jusqu'au village où ils s'établisseent.

Le combat dure toute la journée. Les obus et les balles passent nombreux au-dessus de nos têtes, quelques blessés. Le régiment, quoique éprouvé, tient quand même, combat avec ardeur. Je reste l'après-midi entier avec ma section et deux sections de mitrailleuses à menacer les boches dans leur flanc, je suis à la lisière du bois Fumin et j'ai ordre de tenir le plus lontemps possible. Les boches nous croient plus nombreux sans quoi...

Capitaine BRUNET à Adjudant LAGRANGE

Les boches paraissent vouloir attaquer le fort de Vaux, prenez toutes les dispositions de concert avec les 2 sections de mitrailleuses pour battre la croupe au S. de Vaux et prendre de flanc les mouvements boches sur le fort.

11h30 - signé BRUNET

Tenez-vous prêt à prendre vos emplacements - 9 mars 1916

Le reste de la Cie est parti renforcer la garnison du fort. Les Wurtembergeois et les Brandebourgeois nous donnent du fil à retordre, mais ils n'auront pas le fort aujourd'hui. Nous tenons jusqu'à la nuit, pendant laquelle les troupes de relève nous remplacent. Ouf !

Des renforts garnissent le fort. Nous avons rempli notre mission, mais à quel prix !

Et quel triste trajet de retour. Le champ de bataille est couvert de neige, les détails en paraissent plus lugubres, que d'épaves de toute nature, quelle destruction ! Ici les attelages d'un convoi fauchés entouré de cinq cadavres, le blessé qui se croyait sauf et ses quatre porteurs...

Il gèle à pierre fendre, les malheureux troupiers font chute sur chute, je n'échappe pas au sort commun et je ramasse plusieurs billets de parterre. Cela suffit à rendre un peu de gaieté. C'est beau la jeunesse.

En passant près du ravin de Tavanne, nous sommes fortement incommodés par les gaz lacrymogènes envoyés à foison en cet endroit.

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Vaux vu par les Allemands du 19 RIR (6)

L’échec des deux poussées nocturnes

Enflammée par ce succès, qui s’était fait tant attendre, et qui laisse présager que tout craque devant soi, une vague se reforme, avec les plus vaillants des 10è, 11è et 12è Cies. Suivie de quelques pionniers, elle s’élance sur les pentes du Fort de Vaux, qui attire comme un « aimant » confesse l’un des assaillants.

Le réseau de fil de fer du fort est atteint. Le Lieutenant ALT, dont l’audace se remarquait dès le début de l’attaque, tente le franchissement avec une poignée de soldats, bientôt renforcée par ceux qui suivent. Une cinquantaine d’hommes entreprennent d’aménager une brèche, et déjà les cisailles sont à l’action.

Il est 19 heures ; la nuit est tombée ; aucune réaction des Français ne trouble l’entreprise.

Tout à coup, de terribles sifflements emplissent l’air, si sournoisement tranquille, et des salves groupées d’obus de gros calibres s’abattent sur les groupes. C’est l’artillerie allemande, au grand complet, qui se réveille.

Au milieu du tonnerre des explosions, l’allongement du tir est demandé par fusées jusqu’à épuisement de la provision des signaux. Le tir, enfin, décline. Seule une batterie lourde continue, avec un entêtement qui semble douloureux, l’oeuvre de destruction jusqu’à 20h30.

Les pertes sont considérables, et peu de survivants ont pu se dégager des fils de fer.

Pendant ce temps, dans Vaux, après une alerte provoquée à 19h30 par une contre-attaque lancée dans la nuit par les Français, au Nord du village, le Commandant du 3è bataillon, qui sait que la plupart de ses forces disponibles se sont envolées par le fort, demeure très inquiet. Enfin, vers minuit, il se rassure, car il reçoit des renforts.

La barricade française a cessé de réagir. Le moment est venu de progresser vers l’Ouest, et c’est le Lieutenant KÖNIG, de la 13è Cie, qui, avec ses hommes, va s’enfoncer dans le village. La rue est calme, la nuit assez claire. Avec une fière candeur, sa compagnie s’engage  au pas de route en direction de l’étang. C’est déjà un peu le chemin de Verdun.

Brusquement, alors que la tête de l’imprudente colonne dépassait les dernières maisons écroulées, des Français surgirent, hurlant, chargeant et tirant. La compagnie reflue en désordre sous les porches et dans les jardins. Ses débris pourront regagner l’autre côté de la barricade, trop heureux de pouvoir s’y maintenir. Les nombreux isolés, errant aux abords du village, seront capturés.