12 octobre 1916 par Jean LAGRANGE

Le bataillon doit remplacer en ligne le 2e très fatigué.

Ordre de reconnaître ses emplacements, les itinéraires pour s'y rendre.

C'est une sale corvée qui m'occupe toute la matinée. La marche n'est pas facile dans ce terrain si remué et encombré d'obstacles et de débris, les boyaux sont à moitié comblés, on se promène presque à découvert, aussi mon groupe de liaison doit-il prendre des précautions pour ne pas se faire voir. Ce qui ne nous empêche pas d'ailleurs, d'être salués plusieurs fois par les obus. C'est inévitable après une telle attaque. Il existe certains carrefours où l'on passe vite, dont je me souvviendrais longtemps.

Enfin, nous revenons au complet dans la tranchée Scaramouche. Déjeuner, repos en attendant le soir.

ablaincourt

Mais va te faire fiche. A 15 heures tout est changé. Ce qu'on a fait ce matin avec tant de peine ne compte plus. Le bataillon relève un bataillon du 109e à la gauche du régiment. Partez, mettez-vous en liaison.

C'est tout ce que nous avons comme renseignements. Quoique bien fatigué, je repars avec quatre sergents. Mais les soirées sont plus agitées que les matinées et le trajet du matin accompli à peu près tranquillement est maintenant très dangereux.

C'est d'abord dans un boyau que nous suivons, un tir de surprise, un commencement de barrage, qui nous encadre tous et nous fait coucher. Les obus nous passent près des oreilles. L'un d'eux pique en terre, la soulève presque sous moi et n'éclate pas, cela pour mon bonheur. On appelle cela sentir passer le vent de la mort.

Comme ce tir ne cesse pas, nous continuons à marcher, ou plutôt à courir sous les obus jusqu'à la voie ferrée.

A ce moment, le barrage prend une telle intensité qu'il est absolument impossible de se déplacer. Nous nous réfugions tous les cinq dans une petite niche, afin d'éviter les éclats. Pendant une heure durant, nous ne pûmes mettre le nez dehors. Nous fûmes ébranlés je ne sais combien de fois par les explosions, mais par un grand hasard notre refuge fut épargné.

Après quoi, toujours suant et soufflant, jugeant que le tir se ralentissait, je donnai le signal de mise en route vers Ablaincourt en disant :

" Allez, on remet ça ".

Plusieurs 210  nous recouvrirent de terre dans la suite. Il faisait nuit. Il devenait difficile de se reconnaître. Enfin après bien du mal je découvrais dans Ablaincourt un PC de capitaine.

Ablaincourt

extrait d'Avec le 409e RI

J'étais sauvé. Je pus recueillir là tous les renseignements utiles à ma mission, parcourir les emplacements de combat de la Cie que nous devons relever, faire une ronde tout le long de la ligne de surveillance, examiner le terrain en avant, repérer les points importants.

Mes sergents repartent chercher les sections de la Cie tandis que je reste en ligne pour continuer mon travail.

Relève terminée sans incident avant le jour.

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